R éagir !

Cela entre dans les mœurs de la vie quotidienne moderne ; que quelqu'un se fasse agresser dans la rue, l'autobus, dans un train de banlieue, une aire d'autoroute, et personne pour réagir, même pas pour sortir son petit portable de la poche ou du sac à main afin d'alerter la police, les secours… Le racket pratiqué sur les plus vulnérables des enfants à la sortie des établissements scolaires c'est chose pratiquement acquise dans les mœurs, personne pratiquement ne trouvera le courage de réagir ; la loi du silence doit prévaloir sur le refus de la violence. Mais c'est vrai il y a la police, c'est à elle, et à elle seule d'empêcher ce genre de nuisances, ce n'est pas l'affaire des honnêtes citoyens que nous sommes nous ! La Justice elle a qu'à les envoyer en prison et pour de longues années ! Eh oui, Scribougnon l'entend très souvent ce genre de discours ; c'est comme cela que l'on peut se faire arracher son sac à main, hurler sa détresse en plein quartier commercial, et il sera bien normal que personne ne réagisse, puisque c'est seulement l'affaire de la police ! Alors comment s'étonner si dans sous les yeux des voisins, et des parents impavides, adossés sur le rebord de leur fenêtre de leur immeuble, des adolescents, des enfants même trouvent du divertissement dans des tourments inqualifiables infligés à des chattons, oiseaux ou autre animal qui ont le malheur de tomber dans leurs mains ? La souffrance infligée à toute autre créature, personne, autre qu'à soi même, passe pour un phénomène tout à fait banal. Qui osera réagir et hurler sa légitime révolte devant la cruauté étalée au regard du plus grand nombre ? Ne comptons pas trop sur l'école, ce genre de morale n'est plus inscrite à son programme depuis des lustres. Ne comptons pas sur les parents, vivants pour la plupart d'entre-eux en pleine léthargie sociale et culturelle. En outre, ce ne sont pas les débilitantes émissions télévisées qui ont pour mission d'ouvrir un tant soi peu les consciences… La souffrance, la torture, la mort sont érigées au rang de Culture. Comment peut-on légalement réprimer des actes de cruautés perpétrés sur des animaux domestiques, libres ou sauvages quand les corridas envahissent les programmes de loisirs de l'été. Au regard de la Loi, celles-ci bénéficient d'un régime d'exception ; l'Alinéa 3 qui les exemptent des poursuites et sanctions normalement prévues contre les actes de cruauté. La corrida est une abomination, la plus parfaite des horreurs, mais il lui est fait de plus en plus largement droit de cité avec le soutien d'élus qui marchent main dans la main avec une mafia du fric qui s'emploie activement à les promouvoir. Toutes les guerres ont leurs martyrs, leurs histoires dans l'Histoire sont connues, places d'honneur sont faites à leur mémoire… " Pour que plus jamais il n'y ait de guerre, pour que plus jamais, nos enfants connaissent ça ! " Cela, oui, on s'efforce encore de l'enseigner dans les écoles. Monsieur le maire aura prononcé ces mots avec tout le ton solennel et la conviction requise pour ce genre de discours, devant le monument aux Morts, et Monsieur le maire ouvrira sans plus de gêne les festivités de la féria quelques jours plus tard ! Il trouvera normal - ben oui, c'est dans les traditions - que des innocents soient torturés et lâchement sacrifiés dans le jeu d'un combat bien inégal. Pour voir les corridas, la foule se presse, on se rend aux arènes comme on se rend au théâtre, au concert pour les uns ou au stade pour les autres, et accompagné par les enfants si possible. Il y a de la musique, des couleurs, de la lumière, des acteurs costumés, du cérémonial et des codes, mais c'est de l'horreur pure dont se repaît la foule. La torture se banalise, on accepte à la corrida les mêmes gestes que l'on trouve encore parfaitement abjects quand ils sont perpétrés sur des prisonniers. Mais quelle est la différence ? Alors comment peut-on trouver normal la torture, les ignobles souffrances et la mort subies par des bêtes et militer contre les mêmes exactions subies, elles par des populations sous l'emprise de conflits d'états ou de politique ? Qui donc d'entre nous réalise que nous vivons en pleine dérive, qui donc d'entre-nous veut réagir contre l'insoutenable, contre tout simplement l'insupportable ?


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